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Retour sur le référendum du 29 mai - Juin 2005

Retour sur le référendum du 29 mai - Juin 2005

vendredi 1er juillet 2005, par Anne Meyer

Eh ben... c’est non ! Réflexion post référendum

Avertissement : ceci est un billet d’humeur qui ne fait pas dans la dentelle, mais supportera parfaitement d’être contredit (ce n’est qu’un début, continuons le... débat).

L’eussiez-vous cru ? Après plusieurs mois de campagne médiatique pour le moins intense, de culpabilisation en menaces, et de ruptures en renversements (de tendance), le « non » qui, nous dit-on, nous met au ban de l’Europe, l’a emporté assez confortablement (presque 55%). Autre fait remarquable : les abstentionnistes ont été plutôt moins nombreux que d’habitude, indice de l’intérêt des citoyens pour le débat suscité par ce referendum.

Au-delà des réactions goguenardes, joyeuses ou inquiètes de l’après-scrutin, avec un peu de recul, tirons quelques hypothèses (prudentes, bien sûr - vous me connaissez...) quant au sens de ce résultat. 1. S’est-on trompé sur la question, et le consulté « d’en bas » a-t-il confondu une dispute franco-française avec un thème beaucoup plus large aux enjeux « supérieurs » ? Les électeurs ont vraisemblablement voulu exprimer leur mécontentement et enfoncer le clou après les trois élections tenues en 2004 (cantonales, régionales et européennes) qui, malgré des résultats piteux pour le pouvoir en place, n’ont donné lieu à aucun changement. Il est donc probable qu’ils répondaient à une question hexagonale ; pour autant, peut-on dire que celle-ci n’a aucun rapport avec la politique de l’Union ? Le gouvernement français, que je sache, s’inscrit pleinement dans (et applique) la même logique avec son cortège de dérégulation / libéralisation / marchandisation et autres flexibilisations. Malgré l’hétérogénéité évidente des motivations de vote, on peut raisonnablement supposer qu’une partie des tenants du non s’est prononcée contre la tournure libérale-régressive actuelle de l’édification de l’Europe.

2. Si on admet qu’il existe un rapport entre le vote de dimanche et l’Europe telle qu’elle se construit, doit-on conclure que les Français sont irrémédiablement repliés, nationalistes, étroits, etc. ? Pour une partie des partisans du non, au contraire, il est probable que la sensibilité européenne a été renforcée : les réunions et débats organisés pour l’occasion (par ATTAC et consorts) ont effectivement permis de faire circuler de l’information sur les institutions et le fonctionnement de l’Union européenne, ainsi que d’inciter à la réflexion sur le type d’Europe que souhaitent les citoyens. Et puis, avouez que c’est insupportable, ce raccourci consistant à assimiler le refus du traité constitutionnel et le rejet de l’Europe. Cela revient à dire : c’est l’Europe libérale avec quelques aménagements de façade, ou rien. Au-delà, il me semble que les commentateurs sont emportés par une fâcheuse tendance au nivellement, suivant le modèle, si fameux chez les directeurs d’instituts de sondage, du « Les Français nous disent que... » et autres considérations inspirées sur les motivations et ressentis de l’électorat mis en tas ou réparti par tranches comme dans un gâteau compliqué.

3. Et si le résultat enregistré le 29 mai au soir était un indice supplémentaire du fossé qui se creuse entre les « gouvernants » et les « gouvernés » ?

Le cas échéant, pour faire court, ça craint... Même si, côté ensoleillé, on y verra une montée de la conscience politique et de l’esprit de responsabilité ; mieux vaut s’intéresser aux affaires publiques, qui nous concernent tous, plutôt que d’en confier aveuglément le soin à des professionnels du pouvoir qui ne peuvent que le confisquer, d’une manière ou d’une autre. Toutefois, on ne peut que s’inquiéter de l’incompréhension grandissante qui sépare les élites auto-proclamées de l’homme de la rue. Sans même parler du danger pour l’avenir de la démocratie (déjà mal en point...), cela tend à priver de sens et à rendre caducs les mécanismes du « vivre ensemble » dans nos sociétés dites développées. Pertes de légitimité d’un côté, tentatives d’infantilisation de l’autre (vous savez bien : les politiques doivent faire davantage de « pédagogie »), se pourrait-il que la démocratie soit en bout de course ? Le vieil adage, selon lequel elle est « le pire des régimes à l’exception de tous les autres », aurait du plomb dans l’aile... sauf à l’infléchir vers plus de participation authentique... Vaste chantier !

Anne Meyer, Membre du MDS et de Culture et Liberté



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