Main basse des transnationales sur les semences végétales - mars 2003
samedi 25 septembre 2004, par Tugdual de Cacqueray
Culture et Liberté Garonne a participé aux premières rencontres à vocation internationale sur « les semences paysannes », organisées en région toulousaine les 27 et 28 février 2003. Encore ignoré du grand public et des grands médias, le sujet inquiète pourtant le monde paysan et certains chercheurs. En effet, les enjeux sont considérables puisqu’il s’agit de se positionner face aux multinationales et leurs tentatives d’appropriation du vivant, via les semences végétales. Depuis la nuit des temps, un paysan pouvait acheter des semences, les semer, en faire la récolte et semer les semences de cette récolte. Aujourd’hui, les semenciers (multinationales) « certifient » des semences dont ils prétendent avoir fixé les caractéristiques génétiques (argument fallacieux puisque tout ce qui est vivant est évolutif et ne peut donc pas être fixé). Une fois certifiée, la semence devient la propriété exclusive du semencier. Le paysan voulant semer les semences de sa récolte devient donc hors la loi puisque la semence est comme brevetée par la multinationale. Les semences deviennent de simples produits identifiés, répertoriés, commercialisés en grandes quantités, souvent non reproductibles (hybrides), que le paysan doit racheter l’année suivante au prix fort (presque le double que lorsqu’elles sont reproduites sur la ferme), sans pouvoir les multiplier ! Ce marché est colossal pour les multinationales, car 90% des semences utilisées actuellement dans les pays du sud pour les cultures de base sont encore des semences paysannes (non enregistrées et accaparées par les semenciers). Actuellement, seulement 150 espèces végétales sont cultivées sur 3000 espèces « domestiquées » et sur 240 000 végétaux existants. En 40 ans, les multinationales ont presque réussi à s’accaparer le fruit de plus de 10 000 ans de travail des paysans ! Mais elles mettront encore moins de temps pour restreindre l’extrême diversité du vivant, pour réduire à quelques variétés les semences végétales domestiques. Il est certes plus facile de commercialiser en grandes surfaces trois espèces de pommes bien identifiées par le grand public plutôt qu’une multitude de pommes locales. Et pourquoi conserver toutes ces espèces inutiles ? Pourquoi garder la complexité et la multiplicité lorsqu’on peut tout simplifier ? Et tout appauvrir ! Et, pour que les paysans ne puissent pas faire de l’ombre aux multinationales, celles-ci, avec la bienveillance législatives des Etats (même socialistes !), interdisent la reproduction et l’échange des variétés non répertoriées dans le catalogue des grandes firmes semencières... Sauf pour les jardiniers amateurs ! En prenant le contrôle des semences, les multinationales prennent les commandes de l’évolution de l’agriculture, de l’alimentation (et donc de la santé des populations), de la vie de la planète. Ou plutôt, de sa mort programmée par appauvrissement rapide de son patrimoine génétique végétal. En Inde, une multinationale a pillé le nom du fameux riz « basmati », et les paysans n’ont plus le droit de le reproduire sans avoir à payer. Certaines communautés de l’Inde ont donc décidé de répertorier dans des catalogues toutes les semences paysannes et leurs caractéristiques connues. Le clonage des animaux, l’autorisation puis la prolifération des OGM, l’interdiction des semences de ferme, ne sont, après tout, que l’ultime stade de notre agriculture productiviste (appelée maintenant agriculture « raisonnée » !) après les pollutions de toutes sortes : nitrates, produits phytosanitaires (dont AZF !), antibiotiques, hormones de croissance, farines animales, etc. Ce sont toutes des agressions mortelles et de plus en plus irréversibles contre le vivant, contre la diversité du vivant, contre la nature, contre les animaux, contre les paysans, contre tous les consommateurs et tous les citoyens de la planète. Le colloque (plus de 350 participants) a montré que les paysans commencent à réagir et à s’organiser localement et mondialement en réseaux d’échanges de savoirs et de savoirs-faire sur les semences. De petits groupes locaux commencent à s’échanger leurs propres semences multipliées à la ferme. Comment pouvons-nous appuyer cette lutte pour la vie ? D’abord en allant vous approvisionner en légumes et fruits, en pain, lait et fromages, en viandes et en vins sur des marchés fermiers plutôt qu’en grande surface. En posant des questions sur la provenance des produits (traçabilité), en privilégiant les circuits courts (les paysans du coin) et les produits biologiques (non produits par des agri-managers, car il y en a). En achetant les « paniers » des « jardins de Cocagne » ou en allant dans des coop bios. Puis en participant à des associations qui défendent l’agriculture paysanne et les semences fermières (Les amis de la Conf’, Attac, Les amis de la terre, Agir ici, Greenpeace, Agir pour l’Environnement, Nature et Progrès...) et en travaillant au renforcement de « l’Alliance paysans, écologistes, consommateurs ».
Tugdual De Caqueray Culture & Liberté Garonne
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